Le problème de la dette grecque s’est aujourd’hui propagée au-delà de l’atlantique lorsque vendredi, Standard & Poor a annoncé la dégradation de la notation de la dette de l’état fédéral. Nous vivions depuis des années sur un postulat qui permettait aux américains, notamment à travers la présidence de Bush Junior, d’exiger des marchés de financer sans limite les dépenses de l’état.

Or, le problème de la dette européenne et les atermoiements des politiques américains pour relever le plafond de cette dette ont finalement réveillé les agences de notations qui semble-t-il, ne pouvaient plus avantager trop ouvertement leur pays d’origine.
Les marchés ont donc dévissé et ce depuis le 22 juillet dernier lorsque la dette européenne est revenu sur le devant de la scène (attaque sur l’Italie et l’Espagne) et surtout la dégradation de la dette US le week-end dernier.


Cette dégradation s’est accompagnée de chiffres peu encourageants sur la croissance américaine qui peine à créer des emplois. La baisse du chômage étant synonyme de reprise de la consommation, moteur historique du modèle américain. Ainsi, devrait s’ajouter à cette situation déjà difficile, une augmentation du coût du crédit, que ce soit pour l’état, mais aussi pour les entreprises et les ménages, accentuant de fait, le ralentissement de la croissance US. Le désendettement des ménages américains est pourtant en marche depuis 2008, ce qui démontre le pragmatisme de la société américaine.


Elément important à prendre en compte, la première émission de « US treasury » à trois ans, sans le AAA rating, le 10 août, a été présentée avec une forte demande et sans effet sur le taux qui est demeuré à 0.5 %. Ainsi, il semblerait que l’abaissement de la notation n’ait aucun effet sur la demande ou les taux, seulement sur les marchés actions.

Il semblerait que nos politiques, de chaque côté de l’atlantique, ne puissent être amené à prendre les mesures nécessaires, que lorsque qu’ils sont au pied du mur, sans réellement tenir compte de l’intérêt général et du legs que nous allons offrir à nos enfants. En effet, les débordements et le bien être des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix vont devoir se régler aujourd’hui par une facture salée. Au moins, le message est enfin passée et attendons-nous à entrer dans une période de restriction budgétaire qui ne pouvait plus attendre. Encore une fois, des élections tous les quatre ou cinq sont des éléments qui ont favorisé la mise en avant de la vie politique au détriment de l‘intérêt général.


Pour analyser la situation actuelle des marchés, il faut essayer de comparer cette crise avec celle les dernières crises et notamment celle engendrée par la chute de « Lehman Brothers » en 2008. Il y a trois ans l’annonce de la faillite de la troisième banque d’affaire US avait engendré une baisse de l’ensemble des classes d’actifs, à l’exception des emprunts d’états, de part et d’autre de l’atlantique. La dette des états des pays émergents avait elle aussi subit de fortes pressions à la vente, l’or lui-même qui ne cessait de progresser depuis 2003 n’avait pas servi de valeur refuge comme par le passé. Ainsi les banques et l’ensemble de la sphère économique privée avait subi de massifs dégagements de la part des investisseurs.


La situation d’aujourd’hui est différente dans le sens ou la solidité des entreprises n’est pas remise en cause, on le voit dans la performance de la dette des entreprises. Les Obligations Corporate (Grandes capitalisations internationales) ont subi une baisse sensible de +/- 1 % et celle à Haut Rendement (entreprises de taille moyenne) ont perdu +/- 3.5 %, mais ces deux classes d’actifs restent positifs depuis le début de l’année. Il faut se rappeler qu’en 2008, le haut rendement avait dévissé de plus de 40 %. Ainsi, la solidité des entreprises n’est pas remise en cause, les trois dernières années ont aussi permis à celles-ci de réduire les coûts et d’assainir leur bilan. Ainsi, les disponibilités et la trésorerie des entreprises sont aujourd’hui à un niveau jamais atteint depuis près de 40 ans.


Par ailleurs, il faut aujourd’hui raisonner au niveau mondial et non plus au niveau des économies occidentales. Comment les entreprise américaines ont elles réussi à générer des résultats d’activité importants au cours des deux derniers trimestres dans un climat de croissance nationale atone. Tout simplement grâce à la dynamique des marchés émergents qui aujourd’hui ne dépendent plus de leurs exportations vers les pays développés pour générer de la croissance. Ainsi, le ralentissement important à venir sur la consommation et les dépenses publiques des pays occidentaux sera compensé partiellement par cette dynamique au niveau mondial. Par ailleurs, l’inquiétude sur les marchés émergents depuis le début de l’année était focalisé sur l’inflation générée par la hausse des matières premières. La faiblesse des économies occidentales va engendrer un ralentissement de la demande de ces matières premières et une baisse des prix au niveau mondial, entrainant ainsi une baisse du risque inflationniste dans ces pays. Les resserrements monétaires qu’ont connus notamment la chine, l’inde et le brésil depuis le début de l’année devraient petit à petit s’assouplir afin de relancer une croissance pourtant encore soutenue.


Par ailleurs, les valorisations des entreprises sont extrêmement faibles, tant sur les places occidentales que sur les pays émergents. Ainsi, les entreprises cotées des principaux indices européens ou américains sont valorisées sur la base de multiples moyens proches des sociétés non cotées, entre 8 et 9 fois les résultats (moyenne historique de 12 à 13). On peut aussi comparer le rendement d’un emprunt d’état Français à 10 ans (OAT) à 3.13 % avec Total qui sert un dividende de près de 7 % ou France Telecom de 10.4%.


Le risque pèse toujours sur les bancaires et les compagnies d’assurances qui vont devoir participer à la restructuration de la dette Grecque et peut-être d’autres états. Nous avons choisi en majorité des gérants de fonds non investis sur le secteur financier afin d’éviter de subir une volatilité extrême des portefeuilles.


Les principales sociétés de gestion d’actifs s’accordent sur une chose : les actions sont aujourd’hui les actifs les moins risqués sur les marchés, seulement le marché des actions est aujourd’hui entre les mains de traders et spéculateurs qui entretiennent une forte volatilité, source de leurs profits. Par exemple, ce 10 aout, une rumeur de dégradation de la note Française a été lancée pour effrayer les petits porteurs afin de les décider à liquider leurs positions, favorisant les positions short des spéculateurs. Ce signe est généralement précurseur d’un rebond technique dans les prochains jours.


"The stock market has predicted nine of the last five recessions." Paul Samuelson. Il faut donc relativiser l’action des marchés sur l’économie réelle, il semble donc aujourd’hui peu probable que l’économie mondiale qui croit encore à plus de 4 % aujourd’hui se retrouve en récession dans les prochains mois, ce qui n’exclus